Accompagner un élève allophone en lycée professionnel, UPE2A et après… ?

(actualisé le )

Après être passés par des structures telles que les classes d’UP2A nombre d’élèves allophones sont intégrés dans des classes ordinaires et ne disposent généralement plus d’aucun suivi particulier, puisqu’il existe peu de dispositifs d’accueil spécifiques en LP.
Quel type d’accompagnement peut-on mettre en place ? Quelles démarches spécifiques mettre en œuvre, aussi bien dans nos matières qu’en interdisciplinarité ?

Certes la maîtrise de la langue est un pilier de l’enseignement du français mais elle est également l’affaire de toutes les disciplines.
Ainsi, il est possible de proposer différents types d’accompagnement plus ou moins formalisés :
- le PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Éducative) : limité dans le temps, il peut être une réponse pertinente à cette problématique ;
- l’accompagnement personnalisé : il peut parfaitement répondre à un besoin spécifique et ce, avec des modalités différentes (anticipation, remédiation, compétences orales, travail sur la compréhension des consignes mais aussi tutorat…).

Cependant, lorsque les élèves n’ont pas d’heures d’accompagnement personnalisé (celui-ci concernant uniquement les classes de bac pro) ni d’aide individualisée (le plus souvent réservée à la seconde CAP), il est important de réfléchir, en équipe pédagogique, à un suivi et un accompagnement de l’élève allophone.

Quelques exemples de mises en œuvre en transdisciplinarité :
- création (par l’élève ? par la classe ?) d’un lexique imagé (le vocabulaire de spécialité, comme par exemple celui lié aux plateaux techniques, aux structures d’accueil lors des PFMP : école maternelle, crèche, cuisine…pour le CAP petite enfance), il est en effet essentiel de préparer la PFMP ;
- réalisation d’un certain nombre de fiches à faire figurer dans un porte-vues : fiche de vocabulaire de consignes, principaux temps verbaux, conjugaison simplifiée, fiche sur les pronoms personnels, fiches de vocabulaire par thème ou discipline...), autant de ressources nécessaires aux apprentissages ;
- et / ou utilisation d’un répertoire pour le vocabulaire.

Quelques exemples de mises en œuvre en en cours de français  :
Il faut veiller à ne pas externaliser la difficulté et à la prendre en compte dans le quotidien de la classe. On pourra, par exemple, proposer :
- une version simplifiée des textes étudiés, sur le modèle de la collection Lire en en français facile de chez Hachette (exemple de texte en pièce jointe) : simplification lexicale, syntaxique, culturelle avec ajouts d’un lexique imagé (complétant les traditionnelles notes en bas de page). On pourra également utiliser des enregistrements audio des textes (lus lentement).
Pour ce qui est de la démarche pédagogique, on pourra mettre en place :
- un travail d’anticipation : l’élève découvre le texte avant le cours (chez lui ou avec les assistants d’éducation…), le travail final (la trace écrite) étant commun à la classe.
- un travail d’appropriation progressive du texte : guidance relativement forte qui permet de vérifier, dans un 1er temps la compréhension globale puis dans un 2ème temps les enjeux et la compréhension plus fine (cf. pièces jointes).
- des exercices individualisés, plus courts, plus explicites dont on aura reformulé la consigne à l’oral.

En ce qui concerne nos pratiques, quelques préconisations :
- parler lentement (pas toujours évident sur 55 minutes de cours !) ;
- reformuler les consignes et les faire reformuler (par l’élève ou par un pair) ;
- mettre en situation / contextualiser le plus possible ;
- recourir le plus souvent à des images / schémas ;
- anticiper : proposer de découvrir / faire lire certains documents avant la séance. On pourra ainsi s’inspirer des démarches de la pédagogie inversée ;
- encourager la prise de parole (ne pas hésiter à la solliciter) ;
- favoriser les entretiens (types entretiens d’explication) aux cours desquels l’élève est amené à verbaliser ses difficultés et expliciter les processus d’apprentissage mis en oeuvre ;
- proposer des traces écrites (à donner à l’élève ou à recopier si elles sont courtes) ;
- écrire le maximum au tableau (ou en vidéo-projetant) ;
- favoriser le travail par groupe / binôme ;
- encourager le tutorat (entre élèves) ;

Plus concrètement :
- ne pas hésiter à simplifier les documents, mettre des notes voire supprimer des passages compliqués (implicite, référents culturels, phrases trop complexes…) ;
- faire écrire régulièrement des phrases / textes courts selon une progressivité ;
- ne pas hésiter à demander à l’élève de corriger (ou refaire) ses productions, certains passages des contrôles ou exercices donnés (lui indiquer, par exemple avec un surligneur, les maladresses ou phrases mal construites voire incorrectes) ;
- ne pas hésiter (si possible) à enregistrer certains cours (lecture de textes…) ;
- proposer en début de séquence le vocabulaire minimal nécessaire à la compréhension des cours ;
- pour les évaluations : proposer des textes à trous (pour vérifier la maîtrise des connaissances pures) ;
- proposer des QCM, notamment en début de parcours ;
- décomposer les consignes (guider davantage) et les formuler de la même façon (utiliser l’impératif ou l’infinitif et harmoniser entre collègues) ;
- ne pas enlever de points pour l’orthographe ou l’expression ;
- proposer une liste de verbes de consignes récurrents (un travail sur les consignes peut être mené en interdisciplinarité) ;
- raccourcir les évaluations / les exercices donnés.

Et le suivi ?
- proposer une fiche de suivi afin de faire le point sur les acquis / progrès de l’élève et les difficultés qui apparaissent / subsistent (type PPRE, en lien avec les compétences du socle et celles du CECRL) ;
- organiser des rencontres régulières avec l’élève, voire désigner un tuteur ;
- proposer une séance de préparation à la PFMP et une séance bilan (trame de rapport de stage avec guidance forte à compléter).

Bien sûr la concertation reste un élément essentiel pour accompagner au mieux un élève allophone tout comme les élèves en grande difficulté quels qu’ils soient.